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entretiens:isabelle_carlier

Isabel⋅le Carlier

Entretien réalisé le 25 juillet 2024 par Spideralex aux OAVL de la Labomédia, retranscrit par Ada LaNerd en février 2026.

`00:10` Je suis Isabel⋅le Carlier. Après avoir travaillé de longues années à l'Antre Peaux, je suis mainteant parti⋅e résister dans une école d'art.

`00:22` Une première question : est-ce que tu te rappelles quand ta trajectoire d'appropriation féministe et politique des technologies a commencé ?

`00:38` Y a deux phases : le moment où j'ai commencé à le faire sans le savoir et le moment où j'ai continué à le faire en le sachant [rires]. En fait, ça a commencé quand j'étais étudiante à l'école d'art de Bourges, parce que j'utilisais beaucoup la vidéo, j'avais une pratique de l'informatique, je codais un tout petit peu, je faisais des sites Internet et des choses comme ça, avec mon frère d'ailleurs, on a appris tout les deux ensemble. Lui est devenu développeur, codeur, informaticien et plus, à ses heures. Donc j'avais ça, ce qui fait que pendant mes études, à un moment donné j'ai participé à un workshop avec Paul Devautour qui m'a emmené⋅e un tout petit peu plus dans question de la création numérique, de l'usage de l'art et de l'Internet et aussi, déjà, un peu cette dimension politique. Ça, c'était en 1998, je pense. Après, à la sortie de l'école (qui a été un peu désastreuse pour moi parce que ces pratiques-là, dans les écoles d'art, à ce moment-là en tous cas, mon jury de diplôme c'était pas du tout compris, entendu), j'avais un truc qui s'appelait CIAddict, un mot-valise entre la CIA et l'addiction, où je faisais déjà étudiant⋅e des espèces de détournements du site de la CIA, des textes, des objets de surveillance, des trucs comme ça.

Et quand j'ai intégré le post-diplôme, appelé le Collège Invisible, de l'école d'art de marseille, piloté par Paul Devautour, qui avait pour spécificité de ne pas avoir de lieu, c'est-à-dire… _oh c'est bien on aura les chats qui vont parler en même temps que moi_. Et qui avat pour spécificité de ne travailler qu'en ligne : on s'envoyait des e-mails, on travaillait beaucoup par le média Internet, s'envoyer des images, tout ça. Sauf que, de temps en temps, on avait aussi des rencontres ponctuelles dont une, dont je me souviens très bien, qui était à Strasbourg, parce qu'on avait été intégré'e's à un camp qui s'appelait No Border.

C'était un regroupement qui visait à lutter contre les systèmes de fichage qui commençaient à se diffuser à l'échelle européenne… ça allait d'ailleurs avec le développement de l'Internet et de ces trucs-là. Une des actions mémorables, très activiste, c'était d'avoir retiré des affiches de grands panneaux lumineux, et d'avoir ainsi complètement transformé la physionomie de la ville. C'est comme ça que j'ai un peu rencontré à la fois la question politique, activiste, sociale, l'usage de l'internet et la création artistique. Le groupe dans lequel j'étais était vraiment à la croisée de tous ces trucs-là… et donc, de travailler en collectif.

`03:36` Parce que, dans le No Border Camp, il y avait une espèce de laboratoire hacker qui essayait de…

`03:40` Alors, y avait des hackers et puis des activistes en dehors des systèmes informatiques aussi, et puis des militants… mais nous on venait avec cette dimension artistique et numérique. Dans mon groupe, l'un de nous était un hacker aguerri. Et puis tout ça m'a amené une pratique collective que je n'avais que dans une autre chose que je faisais par ailleurs qui était de travailler la vidéo et le cinéma, être monteuse de films. La seule pratique du collectif que j'avais vraiment c'était à travers le film. Mais là, je l'ai retrouvée différemment. Voilà, donc ça c'est la partie où je commençais à être vraiment là-dedans, dans toutes les luttes sociales et les luttes féministes.

Mais le moment où j'ai vraiment rencontré la question du féminisme et du cyberféminisme, et où c'est devenu conscient, c'est surtout avec ma rencontre avec Nathalie Magnan `04:40`, que j'ai pu inviter… alors, avec Nathalie Magnan, et aussi avec la proximité avec Emmetrop, qui travaillait déjà sur les questions féministes queer, plutôt début-2000 (une association à Bourges, qui était au même endroit que Bandits-Mages dans les années 1990 à Antre Peaux – les deux associations se sont succédées). C'est en étant dans Bandits-Mages que j'ai commencé à rencontrer Nathalie Magnan (qui est celle qui a traduit/fait traduire _Cyborg Manifesto_ de Donna Haraway, qui a travaillé avec elle et qui donc a amené cette question de cyberféminisme en France à travers de ces documents-là et avec toutes les personnes qu'elle avait pu rencontrer aux États-Unis), ce qui m'a permis de commencer à mettre des mots et à être beaucoup plus clair⋅e sur la dimension féministe en fait, sur le potentiel féministe de tout ce que je travaillais.

`05:43` Toi tu l'invites à venir aux…

`05:42` Je l'invite à venir aux rencontres, au festival Bandits-Mages en… 2005 ou 2007, à cette époque là. Donc je la rencontre comme ça, via Paul Devautour parce qu'ils se connaissaient très très bien, ils avaient travaillé ensemble. Voilà, je la fais revenir après, en 2007, pour créer un événement qui s'appelait “Mondes anticipés et territoires augmentés” et où là, on invite Constant, Anne Mertens, Bureau d'Études et plein d'autres groupes qui viennent très très clairement amener la question du collectif, de l'activisme, des hackers, de la création numérique, du cyberféminisme… et, pareil, c'est les moments où je commence très clairement à me rapprocher aussi de tout ce qui pouvait être fait par le Chaos Computer Club, le Critical Art Ensemble, etc. 

`06:42` Y a un moment, à travers ces rencontres, où tu peux conceptualiser certaines de tes pratiques sous une bannière “cyberféministe”, ou c'était des choses que tu faisais déjà avant mais que peut-être tu n'avais pas encore définies ?

`07:02` En tous cas, ça me permet de poser le mot de “cyberféminisme” et de me dire que je m'inscris dans cet ensemble, ce groupe, et poser tout ce que j'avais lié aux questions de l'Open Source ou du travail des hackers, de me dire que j'ai surtout un usage des technologies, une pratique des technologies qui est la question de la bidouille, de la réappropriation des techniques, de savoir ce que je fais… d'aller toujours creuser et chercher toutes les manipulations qui me permettent d'être très libre dans les techniques que j'utilise et d'avoir toujours cette dimension politiques, mais de l'amener depuis une perspective féministe. Et ça, je l'avais pas vraiment conceptualisé ou pensé avant, c'est-à-dire de travailler cet usage aussi comme à l'encontre des systèmes de domination, des images, des techniques et technologies qu'on nous impose au quotidien. Et ça, la perspective féministe est très très claire par rapport à ça.

`08:06` Et donc le terme “cyberféminisme”, parce qu'on se pose des questions, on comprend qu'il est associé à un certain moment de l'historielle/Herstory… c'est un terme avec lequel tu t'inscris, est-ce que tu penses qu'il a évolué ?

`08:27` Y a ce mot-là, après il a évolué, y a des générations qui arrivent, d'autres choses qui arrivent, d'autres luttes, comme les questions décoloniales, plein de choses qui font qu'à un moment donné, on va parler d'“afrocyberféminisme”, de “xénoféminisme”, de “transhackféminisme”, etc. Parce que y a quelque chose qui fait qu'on doit croiser beaucoup d'autres termes qui viennent parler aussi d'autres zones de visibilisation, de lutte, de déconstruction, etc. C'est très bien que ça évolue, ça peut prendre toutes les formes, changer, se métamorphoser, c'est très bien. 

`09:11` Mais c'est une notion que tu pensais utile, parce que tu pensais qu'elle pouvait permettre de visibiliser, entre les générations, des choses, non ?

`09:18` Oui, oui oui, et puis poser une démarche et des outils en même temps. Parce que quand on parle de cyberféminisme, on parle d'outils, comment s'outiller.

`09:31` Tu avais d'ailleurs dit : “le cyberféminisme m'outille durablement”.

`09:33` Voilà, ça c'est très vrai. Si je dois garder quelque chose, c'est que ça m'outille, à vie. [rires] Dans tout ce que je fais, dans la façon dont je vais faire les choses, en permanence.

`09:49` Donc c'est une notion qui peut permettre d'être un point de repère entre des générations différentes, peut-être de personnes ou de collectifs qui mènent à bien des appropriations féministes des technologies. Donc là, y a quelque chose qui se passe. On va essayer de revenir à quelque chose par rapport à ta propre trajectoire, à tes propres pratiques. Tu as dit que tu rejoins Bandits-Mages, et à partir de là, un travail beaucoup porté sur la vidéo mais tu vas expliquer mieux que moi.

`10:17` En fait, quand j'ai intégré Bandits-Mages, c'était l'époque où Bandits-Mages créait avec Emmetrop un espace “cultures multimédias”. Donc effectivement, je faisais de la création vidéo, du cinéma, du montage de films, des choses comme ça, donc j'ai toujours été très proche du cinéma expérimental, qui a par ailleurs des liens avec la question du cyberféminisme, de l'Open Source et de la façon de se réapproprier les outils technologiques parce que le cinéma expérimental, c'est aussi une façon de tout faire soi-même, de A à Z. Quand on est dans des projets de cinéma expérimentaux, c'est des petites équipes et on sait tout faire, quoi. Bref, la je digresse mais là je fais ça d'abord comme programmatrice : j'invite des collectifs, des artistes qui sont issu'e's de la sphère art et création numérique, hackers, activistes et cyberféministes. Je continue à la fois, surtout programmatrice, et à me dire “bon, moi je suis pas forcément une artiste mais par contre je peux visibiliser, inviter, montrer, créer des ateliers”…

Alors ça allait, dans tout ce qu'on pouvait faire, de la projection de films, des débats, des ateliers, des hackerspaces temporaires, à des tas de choses comme ça qui faisaient qu'on mettait beaucoup de gens autour de la table pour pouvoir, avant tout, discuter et créer ensemble. Donc ça, c'est l'essentiel de tout ce que j'ai fait pendant des années, en plus de travailler l'administratif des associations. Mais pendant ce temps-là, je continuais aussi à pratiquer d'autres choses et c'est peut-être à cet endroit-là que je peux en parler, c'est qu'à travers, y a eu le cyberféminisme mais sont aussi arrivées, les questions queer, punks, les féminismes en général… et ça, je l'ai beaucoup pris aussi au contact, entre autres de Nathalie Magnan toujours, mais aussi d'Emmetrop, qui est l'association avec Erik Noulette, qui est quelqu'un qui a amené toutes ces questions-là à Bourges, aussi toutes les questions queer, à travers la programmation surtout les concerts, l'art contemporain, les choses comme ça. `12:39` Et donc on a fait évoluer aussi Bandits-Mages et les Rencontres Bandits-Mages vers des rencontres qui permettaient aussi, à un moment donné, de parler d'écologie, d'environnement, de sexualité… donc y a eu plein de choses autour du post-porn par exemple.

Dans les collectifs qu'on pu inviter, par exemple, qui font cette synthèse entre le cyberféminisme, le queer, la création, le post-porn, etc. C'est Quimera Rosa, qu'on a invité en 2015, mais qui a aussi été invité avant par Emmetrop. À travers cet ensemble-là, j'ai travaillé, entre autres, sur l'écosexualité en faisant un film sur Annie Sprinkle et Beth Stephens qui sont venu'e's à la friche. Pareil, un film que j'ai fait avec ma caméra à l'épaule, en faisant le montage et à peu près tout dans le film, mais en ayant aussi beaucoup d'aides et de contributions d'autres artistes. Tout ça pour dire que Bandits-Mages, au-delà de tout ça, c'était une façon de relier ensemble des artistes qui n'avaient pas forcément vocation à se rencontrer dans d'autres sphères. Parce que les lieux du post-porn, du cinéma expérimental, du documentaire, de création média/multimédia et media art… ce genre de choses, là on a réussi à faire en sorte que des tas d'univers se rencontrent. Donc c'est ça, l'aura de Bandits-Mages. D'ailleurs, les Rencontres Bandits-Mages, au moment de la fusion avec Emmetrop (pour devenir l'Antre Peaux), on a créé des rencontres qu'on a appelé “Mondes Multiples”, ce qui était beaucoup plus adéquat pour parler de ce qu'on faisait.

`14:32` Y a un événement dont tu m'as parlé qui est l'Écoqueer, qui a justement ramené ces mondes. Justement, je trouve ça intéressant ces rencontres entre cyberféminisme et écoféminisme post-porn, et aussi des rencontres entre cyberféminismes francophones et ceux, plus Latino…

`14:52` Absolument. On avait travaillé la programmation Écoqueer avec aussi Émilie Notéris, Ewen Chardronnet et puis Emmetrop, ce qui nous a permis d'amener plein de monde comme aniara rodado, Paula Pin et donc Gynepunk, Quimera Rosa était là, qui ont fait un appel à projets pour recevoir des vidéos autour du post-porn, y avait aussi du cinéma expérimental… mais c'est vrai que c'est à partir de là qu'on a commencé, entre autres avec Emmetrop, à se connecter beaucoup avec la scène espagnole et sud-américaine. Ça fait une grosse convergence ! Avec Paul Preciado aussi, qui a commencé à nous a amener tout ce monde-là, à l'époque où il travaillait avec Erik Noulette.

`15:49` Oui, je pense que dans le travail de recherches qu'on essaye de faire dans À tisser, de trouver ces généalogies cyberféministes, c'est intéressant de voir que Bourges ça a été cette frontière qui a permis de faire cet overlap entre ces différents réseaux.

`16:01` C'est ça et puis de voir l'hyper-importance du cyberféminisme, des féminismes et aussi de la réappropriation des médias, notamment en Amérique du Sud. Donc, voilà, je sais qu'à travers les réseaux du cinéma, j'avais aussi pu rencontrer… Mujeres Creando ?

`16:22` Mujeres Creandos, de Bolivie.

`16:23` Oui, voilà, c'est aussi une façon d'investir à la fois la rue, d'utiliser le média comme la télévision… donc ce qu'on pouvait retrouver avec ce que faisait Nathalie [Magnan] sur les médias alternatifs et des choses comme ça. Donc tout ça, ça se connecte hyper bien ! Et c'est ce qui a commencé à nous permettre de travailler la dimension décoloniale de toutes ces pratiques-là.

`16:47` Je voudrais aussi revenir sur cette rencontre que tu disais avec l'écosexe et le travail que t'as fait : est-ce que tu penses qu'une convergence continue à se tenir entre les cyberféminismes et l'écoféminisme, est-ce que ça a été quelque chose de ponctuel ou est-ce qu'il y a encore d'autres choses; est-ce que ça se lie aussi avec les expérimentations, les trajectoires de biolab féministes ?

`17:17` Oui, c'est exactement ça, parce que quand on parle d'écosexualité, d'écoféminisme, on parle du corps, de sa sexualité, de son rapport à l'environnement, à tout ce qui fait plante, animal, le monde, le toucher… comment on est dans cet espace-là, quel lien on tisse. Parce qu'en fait le travail essentiel d'Annie [Sprinkle] et Beth [Stephens], ça a été de passer de la question de la “terre-mère”, ou la terre qu'on exploite, donc quelque chose de très hiérarchisé, patriarcal, à l'idée de la Terre comme partenaire. D'où cette idée de “Earth As A Lover”, de tisser un autre lien, beaucoup plus horizontal, ce qu'on retrouve complètement dans le cyberféminisme. Donc c'est la question de la réappropriation et, encore une fois, de travailler son rapport à quelque chose depuis une perspective féministe comme avec le cyberféminisme. C'est aussi “fabriquer ses outils”, idem, “travailler en collectif”, “faire tissage, lien”… en fait, tu retrouves toutes les composantes du cyberféminisme dans l'écosexualité ou l'écoféminisme.

`18:36` C'est une sacrée évolution, parce que peut-être au départ il y avait une perspective écoféministe du féminisme essentialiste ou de la différence, qui s'est complètement désagrégée, non ?

`18:45` Ah oui, ça a changé. Et puis du coup, [ce sont des composantes] que je retrouve chez des plus jeunes qui travaillent les dimensions post-porn ou écosexuelle ou écoféministes mais qui te mixent tout ça sans problème [rires] et donc les catégories volent en éclat ! Et tu peux être cyber-éco-féministe, enfin ça marche quoi.

`19:10` Est-ce que tu peux nous expliquer l'initiative de l'UrsuLaB ?

`19:18` L'UrsuLaB, c'est un peu l'objet qui a été produit dans ce temps de fusion entre Emmetrop et Bandits-Mages puisque finalement on se retrouvait beaucoup sur plein de sujets thématiques : Bandits-Mages plus avec la dimension technologique et Emmetrop plus avec la dimension queer, féministe depuis des axes de programmation, mais dans des disciplines comme la musique et d'autres. Et dans la fusion des deux, parce qu'on avait Quimera Rosa avec nous, parce qu'on avait d'autres artistes qui venaient des biomédias et aussi depuis les scènes également en Slovénie et d'autres villes, qui étaient passées par Bourges, par l'Antre Peaux, comme Kapeliça par exemple, en Slovénie. On a donc créé l'UrsuLaB, qui est le biomédialab de l'Antre Peaux, en hommage à Ursula Le Guin. C'est un peu ce lieu qui est réceptacle de cette synthèse entre tous ces éléments.

`20:31` On va avancer sur des projets actuels, puisqu'on est sur cette recherche de généalogie, de ce qui nous a inspiré dans le passé et ce qui nous inspire dans le présent. Actuellement, quels sont des projets qui te semblent inspirants, des projets féministes qui font une appropriation des technologies ? T'en as déjà nommé plein…

`20:51` Pour revenir à ces jeunes générations, y en a une que je trouve vraiment intéressante c'est Aurore Morillon, qui a étudié à l'erg, l'école dirigée par Laurence Rassel qui vient de Constant et qui est une des figures du cyberféminisme. Aurore a une façon d'utiliser l'image, la vidéo, le texte, le dessin, enfin quelque chose de très multimédia… et qui travaille dans la sphère du post-porn et le corps aussi comme outil à reconstruire, se réappropprier, repenser, etc. Et après, ce qui m'intéresse, c'est aussi parce que j'y travaillais déjà avec Bandits-Mages, mais le fait de travailler dans une école d'art, ça me traverse beaucoup, c'est la question de l'écriture. De l'écriture inclusive et la question de la traduction aussi. Pareil, il y a Bye Bye Binary, qui est un collectif qui a travaillé sur l'écriture inclusive et qui travaille sur des façons de pouvoir écrire en développant des typos, des fontes, des machins qu'on peut utiliser et qui permettent d'aller un tout petit peu plus loin que le point médian ou des choses comme ça. Donc d'un point de vue graphisme, c'est hyper passionnant, c'est très beau, et ça fait penser.

Et la traduction, et ça c'est Noémie Grünenenwald, qui traduit en féministe. Y a d'autres livres mais celui-là[^1] est assez fascinant. Elle, elle vient du punk en plus donc voilà, on voit aussi la démarche : elle faisait des fanzines, des choses comme ça… donc pareil, le DIY, quoi ! Le DIY, partout, tout le temps. Et ça c'est hyper intéressant aussi, comment la traduction se pense aussi depuis une perspective féministe. Ensuite, un autre que je citais aussi parce que, elle, c'est plutôt la question d'investir les zones de l'utopie ou qu'est-ce qui précède une utopie, la démarche, le processus de l'utopie : Alice Carabédian avec son livre _Utopies Radicales_[^2]. Ça fait partie de ces gens qui me font penser en ce moment, et qui me font penser à comment on transforme les institutions. Laurence Rassel me met au travail aussi pour ça [un chat miaule], mais ça c'est parce que je suis dans une école d'art, maintenant, avec plein d'étudiantes qui ont besoin d'outils, et d'être “outillées durablement” aussi, tu vois ? [sourires] [^1]: Noémie Grünenwald, 2021, _Sur les bouts de la langue. Traduire en féministe/s_, La Contre Allée, coll. « Contrebande » [^2]: Alice Carabédian, 2022, _Utopie radicale : par-delà l'imaginaire des cabanes et des ruines_, Éditions du Seuil

`23:18` Et comme on est dans cette généalogie, si on devait interviewer quelqu'un, maintenant, tu nous dirais qui, pour continuer la pelote ?

`23:26` Ah bah du coup déjà tous les noms que je viens de te citer : Aurore Morillon, c'est sûr, Laurence Rassel aussi… Et puis, en disant tout ça, ça me fait penser : peut-être interviewer aussi les gens qui viennent du DIY, pourquoi pas des sphères du fanzine et des choses comme ça et qui utilisent aussi Internet, beaucoup, pour faire connaître leurs pratiques. C'est un peu dérivé mais y a un truc avec ça !

`23:53` Y a eu l'exposition Computer Grrrrls, dont le commissariat était fait par Marie Lechner, y avait une fanzinothèque et une journée dédiée au fanzine.

`24:02` Ouai, ouai ouai, ça marche très fort ça !

`24:05` Une question bonus, avant qu'on finisse : on essaye de faire cette documentation, cette mémoire des généalogies des mémoires cyberféministes francophones. Pourquoi tu penses qu'elles n'ont pas été plus documentées ?

`24:19` C'est une bonne question, parce que… je pense que, d'abord, la question d'archiver, de documenter, de rendre visible et lisible ce qu'on fait, c'est quand même assez récent. Déjà, y a ça. Parce que y a beaucoup de choses qui se sont faites à une époque où, avec des supports comme les disquettes, les débuts des disques durs, qui sont aujourd'hui devenus illisibles, les sites Internet qui ont disparu en chemin… Enfin, je me souviens qu'on avait fait des sites Internet avec Nathalie… maintenant c'est très compliqué à retrouver ! Et puis aussi parce que c'est invisibilisé aussi : quand on lit plein de textes, de choses, de livres où on explique en gros “le cyberféminisme en France n'existe pas” ou “n'a pas existé”, c'est un peu embêtant quand même ! Du coup, oui, c'est un travail nécessaire, ouai.

`25:10` Super ! Quelque chose à rajouter ?

`25:12` Je crois pas !.. Nan, si, les jeux-vidéo : les personnes à interviewer c'est les Chloé Desmoineaux et les personnes qui sont aussi dans le jeu-vidéo, c'est important.

`25:23` C'est noté ! Merci beaucoup !

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